Léon Le Bel : l'architecte incontournable de Grasse
- Tom Richardson
- 13 avr. 2024
- 4 min de lecture
Dominant la vieille ville de Grasse, sur l'avenue Yves-Emmanuel Baudouin, se dresse un édifice extraordinaire qui semble tout droit sorti de la Toscane de la Renaissance.

Connue sous le nom de Villa Clara, c'est une demeure construite pour l'un des parfumeurs millionnaires de Grasse, sur le même site que son usine, après que la « révolution industrielle » de la distillation à la vapeur et de l'extraction par solvant ait propulsé le secteur du parfum, financièrement parlant, dans une autre dimension.
L'entreprise a vu le jour sur un autre site encore visible dans la vieille ville : l'établissement Hugues Aîné, rue Mirabeau. Il est presque impossible de prendre une photo correcte de sa façade en raison de son emplacement, mais elle mérite le détour. L'étrange cône juste derrière la façade est la base de son ancienne cheminée démolie, et la façade elle-même représente un alambic (cuve de distillation) de profil.

Le site était si exigu qu'il était impossible de l'exploiter de manière rentable avec les nouvelles technologies de l'époque. Les successeurs de Hughes acquirent donc un petit terrain agricole, le domaine de la Sabrane, situé au-dessus de la ville. Entre 1901 et le début de la guerre, ils y firent construire plusieurs bâtiments d'usine. En 1917, l'entreprise passa sous le contrôle de son chimiste, Eugène Charabot, qui chargea l'architecte en vogue dans le domaine de la parfumerie, Léon Le Bel, non seulement d'agrandir l'usine, mais aussi de construire une villa pour lui et sa famille sur le site.
La société Charabot fit faillite en 1936. Après plusieurs changements de propriétaire, elle passa finalement sous le contrôle de Robertet, la deuxième plus grande entreprise de parfumerie de Grasse, dont le siège social se trouvait avenue Sidi-Brahim. Les bâtiments du Bel abritent toujours des laboratoires, des bureaux administratifs et des activités commerciales, mais le site n'est pas ouvert au public.

Mais la Villa Clara est toujours là – un hommage à l'ambition et à la confiance en soi des parfumeurs de Grasse.
Un architecte d'usine prolifique
Léon Le Bel (1883-1968) fut sans conteste, à son époque, l'architecte le plus important de Grasse. On peut encore admirer certaines de ses autres réalisations, notamment des parfumeries.

Le site Molinard, boulevard Victor Hugo, est le plus remarquable. Il a redessiné l'aile sud, avec sa tour d'angle, pour la famille Bénard, qui l'exploite encore quatre générations plus tard. Il a également travaillé sur le site Bertrand Frères, avenue Font-Laugière, aujourd'hui transformé en appartements, et sur l'usine Lautier Fils, située juste à côté.
L'usine Biolandes abandonnée du Plan (voir mon blog ici ), où il avait conçu la première phase du projet, et le complexe Sidi-Brahim de Robertet, où il avait dessiné une unité d'extraction, sont aujourd'hui bien moins visibles (voir mon blog ici). Son site CAL, situé sur l'avenue Lattre de Tassigny, axe principal menant à Grasse dans le quartier Saint-Claude, a complètement disparu et a été remplacé par une résidence pour retraités dans les années 1980. Un autre site auquel il avait contribué, Méro et Boyveau, situé juste en face de Molinard, a également été remplacé, cette fois par des appartements.
Mais pas seulement les bâtiments dédiés aux parfums…
Le Bel semble avoir été l'architecte de référence à Grasse dans les années 1920 et 1930. Outre la Villa Clara, il a redessiné une autre demeure spectaculaire, la Villa Norah, qui domine le paysage urbain à l'ouest de Grasse, depuis son emplacement sur l'avenue Francis de Croisset.

Construite à l'origine pour une famille anglaise en 1897, elle fut reconstruite en 1923 selon les spécifications du Bel par le propriétaire de la parfumerie Bernard Frères. Aujourd'hui, elle accueille des événements et est disponible à la location pour les vacances.
Une autre de ses villas était la Bastide Saint-François . Mais à peine achevée, un nouveau propriétaire, Grant B. Schley Jr, la fit remplacer par une villa conçue par Jacques Couëlle.
Le Bel a conçu le monument à Léon Chiris sur le boulevard Fragonard (voir mon blogici ) ainsi que le monument aux morts de Grasse, sur la place du Petit Puy, en contrebas de l'entrée principale de la cathédrale. Ce projet a suscité une vive controverse. Après la Première Guerre mondiale, le maire de Grasse souhaitait déplacer le monument, mais son successeur, le docteur Perrimond, a fait réaménager la place du Petit Puy selon les plans de Le Bel. Il semble que les habitants aient unanimement estimé que la place avait été défigurée. Le docteur Perrimond a été contraint à la démission.

Même une banque…
Si vous passez devant les différentes banques du boulevard du Jeu de Ballon, la tour de la Marseillaise de Crédit, au numéro 4, ressemble peut-être à celle de Molinard ? Ce n’est pas un hasard !
Mais pas seulement à Grasse
Léon Le Bel a trouvé le temps de concevoir plusieurs bâtiments à Cannes, bien qu'il semble y avoir collaboré avec d'autres architectes. La villa Trianette, sur la Croisette, se distingue aujourd'hui par son architecture atypique, différente des immeubles plus modernes qui l'entourent. On lui attribue également d'autres villas, notamment boulevard Montfleury, boulevard Métropole et dans le quartier de Super-Cannes.

Le plus spectaculaire de ses accomplissements fut sans doute le château de Thorenc (également connu sous le nom de château d'Oxford), qu'il conçut en collaboration avec l'éminent décorateur Louis Süe. Les jardins de cette époque subsistent encore, mais le bâtiment, propriété de l'empereur titulaire du Vietnam depuis 1937, fut démoli en 1968.
Je n'ai rien trouvé sur son activité, mais comme tous les dessins techniques de l'époque devaient être réalisés à la main, on suppose que Le Bel disposait d'une véritable armée d'assistants !


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