La Roque problématique à Grasse
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Lors de la conception des remparts de Grasse, les architectes médiévaux ont su tirer parti de la topographie escarpée à l'est du promontoire pour créer, à deux endroits, des remparts artificiels. L'un se situait immédiatement au pied du Puy, là où se dresse aujourd'hui la cathédrale, et l'autre sur la falaise de la Roque, environ 200 mètres plus au nord.

Lorsque les habitants indisciplinés de la rue Sans Peur (juste derrière les bâtiments de la photo ci-dessus) auraient soi-disant repoussé l'armée savoyarde en 1708 (voir mon article ici ), leur position au sommet d'une falaise infranchissable a dû leur donner une force incroyable !
Les remparts du XIVe siècle furent progressivement démolis, rendus obsolètes par les progrès de l'armement. Comme dans la quasi-totalité des villes médiévales, les rues furent construites sur les anciens fossés défensifs et les remparts eux-mêmes remplacés par des bâtiments de toutes sortes. Même en contrebas de la cathédrale (aujourd'hui boulevard Fragonard, anciennement place Neuve), la topographie permit aisément l'aménagement d'une large voie de circulation.

Il n'en va pas de même à La Roque. Elle se dressait obstinément sur le chemin de toute route, et l'on peut voir sur la carte de 1788 que le seul moyen de longer l'angle est de Grasse était d'entrer dans les remparts par la montée abrupte via la Porte Neuve et de ressortir par la Porte de la Roque :

C'était très contraignant, surtout si l'on transportait des marchandises soumises aux taxes municipales. Malgré cela, ce n'est qu'en 1884 que les autorités municipales finirent par pénétrer à La Roque et y construire un viaduc le long de la falaise.
Les arches du viaduc sont très visibles sur toutes les images de la ville prises depuis l'est à partir de cette date :

Puis vint l'occupation de la ville par les Allemands, suite à la capitulation de l'Italie face aux Alliés en 1943. On leur a injustement reproché divers actes de destruction (par exemple, celle du funiculaire, hors service depuis 1938), mais il ne fait aucun doute que les soldats quittant les lieux en 1944 ont fait sauter le viaduc de La Roque sans raison apparente, laissant l'accès tel qu'il était en 1884. Sa reconstruction constituait une priorité d'après-guerre, tâche qui fut achevée à la fin des années 1940. Mais, contrairement à l'ancien viaduc d'avant la Seconde Guerre mondiale, il est aujourd'hui invisible, presque entièrement dissimulé par le parking de La Roque.

Parking
Dans les années 1970 et 1980, les villes françaises (et d'Europe occidentale en général) se sont lancées dans une course parfois désespérée à la construction de parkings à proximité de leur centre-ville afin de se prémunir contre la concurrence des centres commerciaux périphériques. En 1960, la France comptait environ 5 millions de voitures particulières. En 1980, ce chiffre avait plus que triplé pour atteindre 18 millions. La plupart des conducteurs souhaitaient utiliser leur voiture pour faire leurs courses, ce qui impliquait de la garer à proximité immédiate.
Mais en 1960, le seul parking accessible au public à Grasse se trouvait sur le Cours Honoré Cresp – et non pas sur les trois niveaux souterrains d'aujourd'hui, mais simplement sur la place au niveau supérieur.

Entre 1960 et 1985, Grasse a construit les parkings Cours, La Foux, Notre-Dame-des-Fleurs/Martelly et Hôtel de Ville. À l'extrême est, le parking La Roque, ainsi que des logements sociaux, ont été achevés en 1975 face à la falaise et au viaduc.
Compte tenu de la rapidité avec laquelle ces changements se sont produits, il n'est guère surprenant que tout n'ait pas fonctionné. Notamment, le quartier Martelly, qui a remplacé l'ancien prieuré franciscain ayant abrité la parfumerie Bruno Court, est actuellement en grande partie en reconstruction.
Mais le complexe de La Roque, bien que beaucoup moins disgracieux que celui de Martelly, n'en reste pas moins problématique. Le parking, haut et étroit, compte pas moins de 24 étages que tous les usagers doivent parcourir. Il ne dispose que d'un unique petit ascenseur et, pire encore, la sortie donne sur un mur aveugle, sans accès évident à la vieille ville.

Il en résulte que la partie est de la vieille ville, surtout au cours des cinquante années qui ont suivi 1960, s'est considérablement dépeuplée – précisément le sort que redoutaient les édiles en construisant tous ces équipements. Le parking de Cresp offre une entrée relativement agréable dans la ville par le sud-ouest, tandis que les parkings de La Foux et de Notre-Dame des Fleurs/Martelly, à l'ouest et au nord, sont également bien plus pratiques que celui de La Roque.
Ainsi, ce qui avait été autrefois un quartier commerçant animé à l'extrémité basse de la rue Droite et sur la rue Charles Nègre est devenu pratiquement désert.

En effet, le centre de gravité de la vieille ville s’est déplacé vers le nord (Place aux Aires) et le sud-ouest (Musée International de la Parfumerie et rue Jean Ossola), laissant l’est déserté.
Une solution innovante – fonctionnera-t-elle ?
Grasse, qui se remet progressivement du délaissement de la fin du XXe siècle et des premières années du XXIe siècle, voit apparaître des signes de rénovation à l'est. L'arrière du complexe de la Médiathèque a permis la rénovation de certaines rues et la chapelle Saint-Michel, au sommet de la Roque, a été magnifiquement restaurée en 2020. Récemment, une ou deux boutiques, dont une élégante succursale de Soli-Cités, ont ouvert leurs portes rue Droite et, l'an dernier, le restaurant Roses et Mets s'est installé un peu plus bas dans la même rue.
Un nouvel accès direct depuis le parking de La Roque est presque terminé. Pour reprendre les mots de Roald Dahl, un « Grand Ascenseur de Verre » a été installé sur le côté du bâtiment. Il permet d'accéder à une passerelle enjambant le boulevard Gambetta et menant au belvédère de la place du Pontet, juste en dessous de la chapelle Saint-Michel. Si l'intérieur du parking reste toujours aussi peu pratique, la sortie piétonne donnant sur le côté austère du boulevard Gambetta peut désormais être évitée, et la vue depuis l'ascenseur de verre et la passerelle offrira une expérience inédite aux usagers.

Surtout, la nouvelle sortie débouche directement sur une des rues de la vieille ville et l'on peut espérer que de nouveaux commerces s'installeront rue Droite, voire rue de la Pontet.
Les architectes en charge du projet sont ceux de l'agence STOA, dirigée par Mariane Rouge et basée à Marseille, qui jouit d'une solide réputation en matière d'urbanisme. La ville ne pourra qu'en tirer profit si une conception aussi originale que cette « passerelle de La Roque » s'avère concluante.



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